La Guerre Tombée du Ciel

Auvergne-Rhône-Alpes

seconde Guerre mondiale

Les dernières heures du Wibault 283 n°10 F-AMTT "l'Imbattable"

Le temps est bien maussade en cette matinée du 12 décembre 1939. L’activité à la base aérienne de Lyon-Bron tourne au ralenti en raison d’un brouillard épais et persistant. Toutefois les services météo l’assurent : la brume va se lever bientôt. Aussi les hommes d’équipage de l’avion de transport Wibault 283 T12 n° 10 immatriculé F-AMTT se préparent à leur mission du jour. Baptisé « l’Imbattable » le fier trimoteur de transport a œuvré auparavant dans le monde civil sous la bannière d’Air France et ce dès 1934. Mais c’est la guerre et la France manque de groupe de transport dédié pour ses troupes : réquisitionné dès la mobilisation et rendu apte aux vols militaires par l’Armée de l’Air, le Wibault appartient désormais à la Section d’Avions de Transport SAT 5/110, du Groupe Aérien de Transport GAT 562, section de transport n°6 de Bron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est un peu plus de midi maintenant. L’équipage se compose de quatre hommes : le Sergent-chef Maurice Suau commandant de bord, pilote pour Air France sur Wibault dès 1938 il a assuré la ligne Paris - Dakar ; le Sergent Roger Pierre Lazare Pehau, mécanicien de la 21e Escadre de Bombardement et probablement co-pilote ce jour-là ; Albert-Louis Legendre, officier mécanicien, pionnier par ailleurs de l’aviation qui a effectué plusieurs fois la traversée de l’Atlantique sud ; et le Caporal Marie-Robert Pépériot, mécanicien, son ami Pierre Martinot, lui aussi mécanicien lui ayant cédé sa place sur ce vol. Tout est déjà prêt pour le départ. Outre le fret à transporter, le Sergent Charles-Georges Deguin, pilote permissionnaire du Groupe Aérien Régional de Chasse, GARC 562 - futur Groupe de Chasse III/9 - monte à bord. Le brouillard quant à lui est toujours là mais moins dense, le décollage est rendu possible. Tous n’attendent plus que le feu vert du contrôleur aérien.

 

12h30 : la météo annonce une accalmie et l’Imbattable peut décoller. Il s’élance depuis la piste, s’élève lentement dans la fine brume qui divague au sol avant de disparaître subitement dans les nuages plus épais qui surplombent encore la base. Le pilote devrait mettre le cap au nord-ouest puisqu’il doit acheminer sa cargaison à l’aéroport du Bourget près de Paris mais la visibilité n’est pas très bonne par ici et c’est probablement pire au-dessus des Monts du lyonnais ou du Morvan. Il décide donc de contourner l’obstacle par le sud-ouest et s’engage ainsi dans la Vallée du Gier. Il compte survoler ensuite Saint-Etienne et Firminy avant de reprendre le cap au nord-ouest pour rejoindre enfin  la Vallée de la Loire puis Paris.

Vers 13 heures alors que le vol s’est jusqu’à présent déroulé normalement, l’Imbattable présente soudainement des difficultés mécaniques. Il laisse dans son sillage une traînée de fumée noire, signe d’un incendie à bord. Inexorablement l’appareil perd de l’altitude et heurte la cime des arbres ; il s’écrase à 13h15 au lieudit Grand Tournant à Fontclause sur la commune de Caloire, à 12km à vol d’oiseau de Saint-Etienne. Suite au choc d’une violence extrême quatre hommes vont mourir. Trois d’entre eux étant en mission sont « morts pour la France » : Roger Pehau, Albert Legendre et Marie-Robert Pépériot. Le pilote de chasse Charles Deguin et alors passager décède également lors du crash. Seul le commandant de bord, Maurice Suau survit à l’accident. Ejecté de l’avion avant son explosion au sol, il est toutefois grièvement blessé et sera hospitalisé à Saint-Etienne.

 

Le crash du Wibault a suscité un émoi particulier non seulement au sein du futur Groupe de chasse III/9 dont faisait partie le Sergent Deguin mais aussi parmi les habitants de Caloire arrivés les premiers sur les lieux de l’accident et leur famille. Ainsi peut-on lire sur la plaque commémorative érigée à l’initiative de M. Ertel: « Qu’on rallume ma vie ; oubliés durant 50 ans, aujourd’hui nous revivons ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biblio et sites

Marcel Ertel « La dernière colline » raconte l’histoire du crash du Wibault à Caloire et de l’équipage

La stèle est érigée le 9 septembre1989 près du Pertuiset :  http://www.aerosteles.net/stelefr-stmaurice-wibault

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Aéro journal n°15

Fana de l’aviation HS n°8 décembre 1997

 

Photos : Charles Deguin (doc récap III/9) / Photo d’un Wibault https://www.baaa-acro.com/crash/crash-wibault-283t12-caloire-4-killed

 

 

 

 

 

 

Wibault 283 T12 n°10 immatriculé F-AMTT

Sergent Charles-Georges Deguin